Renforcer la chaîne de valeur

Que ce soit auprès des banques, via des programmes gouvernementaux ou des emprunts entre personnes, ce ne sont pas les sources de financement qui manquent, mais surtout l’accompagnement et l’orientation des jeunes entrepreneurs pour en profiter. Le challenge serait donc de trouver une formule qui puisse allier financement et accompagnement pour
permettre aux porteurs de projets de trouver la meilleure formule d’aide dans les meilleures conditions.

Nul doute que le Maroc a fait des pas de géant dans la promotion de l’entrepreneuriat. De l’accompagnement à la formation en passant par le financement, les programmes se suivent, mais ne se ressemblent pas. De nombreuses initiatives sont aujourd’hui lancées pour rapprocher les entrepreneurs des offres de financement et d’accompagnement et de les faire bénéficier de formations, tout en partageant des expériences de réussite dans l’entrepreneuriat.

Face à une offre abondante de solutions de financement des startups, des problématiques persistent encore. Il s’agit surtout d’un manque d’information et d’orientation des porteurs de projets souvent perdus devant la multitude de solutions de financement. Il devient donc impératif de mettre à la disposition de ces startuppers des instruments financiers particuliers, et de leur assurer des prises de participation et un capital risque. Cet accompagnement doit s’opérer dès les premiers stades de l’investissement pour combler le gap dans la chaîne de financement des premiers stades de création des startups innovantes. En effet, la chaîne de valeur de financement a longtemps été un problème majeur dans le décollage des startups au Maroc. Une fois le financement pour l’amorçage ou l’idéation assuré, il était difficile de trouve un relais de financement pour assurer un bon début de développement et une poursuite des opérations chez les entrepreneurs.

Au Maroc, la promotion de l’écosystème entrepreneurial est portée au plus haut niveau par S.M. le Roi Mohammed VI. Cet intérêt se manifeste clairement à travers les Discours du Souverain portants des messages forts dans ce sens, notamment celui du 11 octobre 2019. Le Souverain avait en effet invité les forces vives de la Nation et les partenaires économiques, particulièrement le secteur bancaire, à réfléchir à une nouvelle formule novatrice qui aiderait les jeunes à réussir leurs projets de création d’entreprises et à participer pleinement à l’essor économique national. «Cet effort doit porter spécifiquement sur le financement de l’investissement, l’appui aux activités productives, pourvoyeuses d’emplois et génératrices de revenus.

À cet égard, outre l’engagement des banques auprès des grandes entreprises en termes d’appui et de financement, Nous les incitions à s’acquitter de la mission prépondérante qui leur échoit en matière de développement», a dit le Souverain. Le Discours Royal a clairement appelé à «simplifier et faciliter les procédures d’accès au crédit, s’ouvrir davantage aux auto-entrepreneurs, financer les petites et moyennes entreprises», et ce grâce à «la mise au point d’un programme spécial d’appui aux jeunes diplômés, de financement des projets d’auto-emploi».
État, banques, acteurs régionaux, patronat… et bien d’autres forces vives du pays se sont tous mobilisés et ont redoublé d’efforts pour proposer de nouvelles solutions ou en adapter d’autres qui ne répondaient pas aux attentes. Tour d’horizon des solutions phares de financement accessibles aux jeunes entrepreneurs.

Programme Intelaka
Au cours de l’exercice 2021, 22.875 crédits ont été accordés, pour un volume d’engagements de plus de 3,8 milliards de DH, marquant une hausse de 22% par rapport à 2020. La région de Casablanca-Settat vient en tête des régions bénéficiaires avec plus de 26% du volume des crédits garantis, suivie des régions de Rabat-Salé-Kénitra (15%) et Marrakech-Safi (12%). Le très ambitieux programme d’appui et de financement aux TPE et PME est entré en vigueur en février 2020 et attire l’intérêt des porteurs de projet. Fruit d’une coordination entre le gouvernement, Bank Al-Maghrib et le secteur bancaire, le programme intégré d’appui et de financement des entreprises a été présenté au Souverain le 27 janvier 2020. Ce programme s’articule autour de trois principaux axes : le financement de l’entrepreneuriat, la coordination des actions d’appui et d’accompagnement de l’entrepreneuriat au niveau des régions et l’inclusion financière des populations rurales, en mesure de contenir et de dépasser les difficultés qui entravent l’accès au financement des jeunes porteurs de projets et des TPME.

Baptisé «Intelaka», ce programme offre une nouvelle génération de produits de garantie et de financement à destination des auto-entrepreneurs, des porteurs de projet et des TPE. Il s’agit notamment du produit «Start-TPE» sous la forme d’une avance remboursable après une franchise de 5 ans, sans intérêts et sans exigence de sûretés, à destination des TPE, des porteurs de projet et des auto-entrepreneurs. Chacune des parties signataires s’est engagée à mettre au service des jeunes porteurs de projets tout l’accompagnement nécessaire pour dépasser toutes les difficultés et maximiser les chances de succès de tout projet novateur.
Le hic pour ce programme est le nombre élevé de dossiers rejetés qui avoisine les 30% selon les dernières statistiques. Selon Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des finances, ce problème n’est pas exclusivement une responsabilité des banques. Dans la plupart des cas, le refus est dû à la faiblesse des projets proposés à cause de l’impréparation des candidats qui, selon la ministre, manquent de compétences managériales et demeurent incapables de convaincre les banques. D’où l’importance de la formation des jeunes entrepreneurs, avait expliqué la ministre.

Programme Forsa
Ouvert à tous sans conditions, le programme Forsa vise à réaliser 10.000 projets d’ici la fin 2022. Doté d’un budget pour cette année de 1,25 milliard de DH, ce programme offre un financement allant jusqu’à 100.000 DH, dont une subvention de 10.000 DH. Lancé le 12 avril dernier, ce dispositif d’accompagnement comprend une formation en e-learning pour l’ensemble des projets retenus, suivie d’une incubation de 2,5 mois au profit des projets les plus innovants. Les appels d’offres ont déjà été lancés pour sélectionner les établissements partenaires parmi les incubateurs locaux, représentés par les organismes de la société civile, spécialisés dans l’accompagnement et le suivi des projets entrepreneuriaux. Le volet financement prévoit un prêt d’honneur à taux 0, allant jusqu’à 100.000 DH, dont une subvention de 10.000 DH pour l’ensemble des projets retenus.

Entièrement financé par l’État, le programme permet aux porteurs de projets de rembourser le prêt sur une durée maximale de 10 ans, avec un différé de 2 ans. Le programme concerne l’ensemble des résidents au Maroc et les Marocains établis à l’étranger, âgés de 18 ans et plus, qu’ils soient porteurs d’idées ou de projets d’entrepreneuriat ou fondateurs de TPE de moins de 3 ans. L’éligibilité à cet accompagnement ne nécessite aucun prérequis de diplôme, de qualification ou d’expérience. Tous les secteurs d’activité sont éligibles.
Concernant les perspectives de succès du programme, en particulier à la lumière des programmes précédents de création d’entreprises n’ayant pas connu par le passé le succès escompté, le scepticisme reste de mise chez certains experts. Ce type de programmes doit cibler des personnes qui ont déjà la fibre entrepreneuriale et qui sont déjà engagées dans des projets, même rudimentaires, note l’économiste Nabil Adel. Et d’ajouter que «le déficit de création d’emplois dans les secteurs public et privé ne saurait être comblé par une incitation à l’entrepreneuriat».
À noter également les solutions de Maroc PME et notamment les programmes «Tatwir» et «Istitmar» destinés aux entrepreneurs en cours de création ou d’amorçage de leur activité. Les porteurs de projets innovants ont également la possibilité de concrétiser leurs idées à travers l’écosystème du Fonds Innov Invest, qui donne la possibilité de lancer leurs startups via différents instruments d’accompagnement. Le Fonds intervient sur trois volets principaux couvrant le capital-risque, les prêts d’amorçage et l’assistance technique.

Les investisseurs privés, «Business Angels», sont également une ressource pour le financement. Ils sont plus intéressés par des projets innovants à fort potentiel. Angels4Africa, Moban, MNF Angels, Kluster CFCIM sont les principales associations de business angels qui soutiennent les startupers au début de leurs projets. Les banques ont pour leur part redoublé d’efforts pour offrir des solutions adaptées aux attentes des porteurs de projets et qui vont en parallèle avec la volonté du Maroc de promouvoir l’entrepreneuriat.

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Les conditions pour être financé par un organisme

Pour lever des fonds, le (co)fondateur de la startup doit s’armer de 3 choses : un business plan réaliste et bien ficelé, un pitch deck attractif (document généralement PowerPoint de présentation de la startup et du projet) et beaucoup de persévérance. Du côté des investisseurs, la perle rare dans laquelle ils aimeraient investir présente certaines caractéristiques qui changent en fonction de l’étape du cycle de vie dans lequel la startup souhaite lever des fonds. Cependant, ce qui revient souvent ce sont les profils et le mindset des co-fondateurs. Ainsi, lors de l’idéation, les investisseurs se penchent plus sur la pertinence de l’idée et sa réalisation ainsi que sur l’équipe de démarrage. Lors de la phase création, ils vérifient l’existence ou pas d’un marché qui serait intéressé par le produit et la cohésion de l’équipe Amorçage. Pendant les phases de croissance et d’expansion, les investisseurs s’intéressent à la traction réalisée, au chiffre d’affaires, au potentiel de scalabilité du produit, à l’équipe et à la table de capitalisation (tableau fournissant une analyse des pourcentages de propriété, de dilution des capitaux propres et de la valeur des capitaux propres d’une entreprise à chaque cycle d’investissement).

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Entretien avec Loubna Hajji, directrice Marketing, Innovation et Digital de la BMCI

Les jeunes appelés à adhérer aux programmes d’accompagnement pour le financement, mais aussi pour la formation et le networking

Le Matin : Quelle lecture faites-vous de l’évolution de l’écosystème des startups au Maroc ?
Loubna Hajji 
: Depuis quelques années, l’écosystème des startups au Maroc prend de plus en plus forme. Les structures d’accompagnement se sont multipliées. Il s’enrichit de nouveaux incubateurs et accélérateurs.
Le développement de l’innovation ne peut aboutir sans un écosystème complet, rassemblant un ensemble d’acteurs qui interagissent pour l’émergence de projets innovants. L’accès au financement, qui constituait un frein et une difficulté pour le lancement de plusieurs startups, s’est nettement amélioré avec le lancement du Fonds Invest Innov de la Caisse Centrale de Garantie (CCG), depuis 2017. Les banques et les grandes entreprises s’ouvrent également sur le monde des startups et aident à renforcer le tissu socio-économique par la promotion de l’entrepreneuriat. À la BMCI, l’Open Innovation constitue pour la banque un vrai levier de création de valeur. Le pôle Innovation a été créé pour être le catalyseur et l’accélérateur de l’innovation.

Open Innovation : quels enjeux pour le secteur bancaire et plus particulièrement pour la BMCI ?
D’un côté, les banques peuvent profiter de la souplesse des startups pour enrichir leurs offres et améliorer leurs expériences clients et, de l’autre, les startups peuvent s’appuyer sur la solidité des banques pour gagner en expérience et améliorer leur notoriété.
En accompagnant les startups, BMCI fait de l’Open Innovation un des axes majeurs de la transformation digitale de ses activités pour répondre aux besoins de ses clients.
Dans le cadre de sa stratégie d’Open Innovation, BMCI sponsorise les hackathons des écoles et universités marocaines. Ce sponsoring ne se limite pas à un soutien financier, mais consiste à un accompagnement non-stop des participants par l’équipe Innovation BMCI durant les jours du Hackathon : (Jury de sélection, Coaching, Formations en Design thinking et Business Model, mise à la disposition de nos ressources BNP Paribas durant toute la durée de l’évènement pour l’animation des ateliers, présentations…), mais aussi après avec l’accompagnement du projet (coaching, accompagnement des MVP (minimum viable product). BMCI est également partenaire de plusieurs incubateurs marocains, dont le Kluster CFCIM, accélérateur pour startup. Ce partenariat consiste en un soutien financier aux startups accompagnées par le Kluster et un bénévolat de compétences par les cadres de la banque au profit des jeunes entrepreneurs.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs ou étudiants ayant des idées innovantes ?
Vous avez des idées innovantes ? Alors, lancez-vous et faites-vous accompagner par une des structures d’accompagnement et financement. Cela vous permettra non seulement d’obtenir un accompagnement financier si votre idée est sélectionnée et est porteuse de valeur, mais de vous intégrer au sein d’une communauté pour échanger les bonnes pratiques et se constituer un réseau pour se développer (trouver des clients). Ces programmes vous permettront également de bénéficier de formations et de mentoring.
D’ailleurs, le Kluster CFCIM a récemment lancé son appel à projets pour l’année 2022. Pour rappel, ce programme créé en 2017 par la CFCIM vise à accompagner gratuitement pendant 18 mois de jeunes entrepreneurs innovants. L’objectif est notamment de faciliter leur accès au marché et au financement et de soutenir le développement de leurs compétences de chefs d’entreprise.
Pour y participer : il faut être un porteur de projet ou une entreprise en phase d’amorçage, disposant au moins d’un premier prototype fonctionnel et démontrer le potentiel et la faisabilité de son projet basé sur une idée innovante (nouveau produit, nouveau process, adaptation d’une technologie innovante au marché marocain…). Tous les secteurs sont les bienvenus. Il n’est pas du tout nécessaire d’avoir une composante nouvelle technologie/informatique dans son projet. La qualité des dossiers sera également prise en compte lors de la sélection.
La date limite pour faire parvenir le dossier de candidature à la CFCIM est le 30 mai 2022.
BMCI accompagne le Kluster CFCIM dans le lancement de cet appel à projets pour intégrer une nouvelle promotion de startups à son programme d’accompagnement. À cet effet, BMCI organisera en ce mois de mai des événements au niveau de son réseau d’agences et dans plusieurs villes du Maroc. Ces évènements réuniront des membres du CFCIM, BMCI et des étudiants de différentes universités d’excellence et des Cités de l’innovation. Venez nombreux !

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Avis de l’expert : Yassine Elamine, expert en certifications et normes ISO

«Un bon entrepreneur doit d’abord être un bon marketeur»

Le Matin : Quelles sont les composantes clés de réussite d’un dossier financement ?
Un bon entrepreneur doit d’abord être un bon marketeur. Il ou elle doit se poser les bonnes questions. Comment donner envie à une tierce partie de s’impliquer financièrement à terme dans la réussite d’un projet entrepreneurial, existant ou à développer ?
Il n’est pas simple d’y répliquer. Un premier élément essentiel de réponse reste la présentation du projet et son impact sur la société.

À quoi le financement va-t-il servir ? Quel impact aura-t-il sur le développement de l’entreprise ?
L’entrepreneur, quel que soit son niveau d’expérience, doit garder à l’esprit que les fonds disponibles pour les financements sont limités et qu’il est donc en compétition.
Pour se démarquer, il mettra en avant les éléments différenciateurs de son projet en utilisant des arguments objectifs et chiffrés lui permettant de développer un argumentaire solide.
Le business plan doit comporter un énoncé clair de la mission de l’entreprise, un résumé formel des objectifs et des valeurs de l’entreprise ou de l’individu porteur du projet. Une déclaration de mission à laquelle le financeur peut facilement adhérer.
La présentation de l’équipe doit se faire de manière à valoriser les compétences et les synergies. Il ne faut pas hésiter d’intégrer dans le business plan des photos et une brève description du parcours des membres clés de l’organisation. Beaucoup de financeurs admettent dans les coulisses que l’un des facteurs décisifs motivant l’accord de financement réside dans la cohérence de l’équipe entrepreneuriale, surtout quand il s’agit de startups.
Il ne faut pas non plus laisser de côté les éléments financiers et les analyses de contextes.

Quels nouveaux modes de financement pour soutenir les projets à fort impact ?
Le financement privé a un rôle vital à jouer pour atteindre le niveau d’investissement nécessaire pour atteindre les objectifs de développement durable. Les organismes financeurs et les banques doivent mobiliser des fonds importants. Pourtant, de nombreux domaines dans lesquels les investissements privés pourraient avoir un impact significatif sont considérés comme trop risqués par les investisseurs privés.
De nouveaux modes de financement gagnent en popularité dans le monde, tels que le financement mixte ou le financement basé sur les résultats.
Le financement mixte est devenu l’un des outils pour faire face aux risques et encourager les investissements privés qui peuvent transformer la vie des gens et contribuer à la réalisation des objectifs de développement. Plusieurs acteurs privés et institutionnels peuvent participer à la construction de tels produits financiers.
Le financement basé sur les résultats (plus connu sous son appellation anglophone Results-based financing – RBF) offre la promesse de s’attaquer aux inefficacités des dépenses et d’utiliser plus efficacement les ressources. Le financement basé sur les résultats est un terme générique faisant référence à tout programme ou intervention qui offre des récompenses aux individus ou aux institutions une fois que les résultats convenus ont été atteints et vérifiés. L’approche a le potentiel de mettre davantage l’accent sur les actions nécessaires pour améliorer les résultats, favoriser des solutions locales et renforcer la capacité des systèmes entrepreneuriaux à mesurer et à suivre les progrès. Ces avantages découlent de programmes de financement basés sur les résultats bien conçus et bien mis en œuvre, ce qui n’est pas toujours le cas.
Le crowdfunding gagne aussi beaucoup en popularité. C’est un financement collaboratif où chaque personne physique ou entité juridique peut participer selon ses moyens. C’est un mode de financement très en vogue dans des pays comme les États-Unis et la France et représente une réelle alternative aux sources de financement traditionnelles. Au Maroc, le cadre juridique relatif au Crowdfunding est toujours en cours de finalisation. Il prévoit trois formes de financement collaboratif, à savoir le prêt, l’investissement en capital et le don. Le crowdfunding contribuera à mobiliser de nouvelles sources de financement au profit des TPE et des jeunes porteurs de projets.
Il existe bien entendu des financements alternatifs institutionnels tels que les programmes «Intelaka», «Forsa» ou encore «Istitimar» de Maroc PME. Je trouve ce dernier particulièrement efficace dans la mesure où il permet aux entreprises marocaines à potentiel l’octroi d’une prime à l’investissement pour leur permettre d’augmenter leur chiffre d’affaires localement ou à l’export ou de s’introduire à de nouvelles technologies.
En règle générale, j’encourage tous les modes de financement, traditionnels ou alternatifs, du moment qu’ils participent à la création d’emplois et favorisent l’insertion professionnelle du plus grand nombre de Marocains.

Quelle place occupent les normes et certifications dans la réussite de la demande de financement ?
La certification ne peut concerner qu’une entreprise déjà établie, car cette dernière, avant d’obtenir une marque de certification, devra se faire auditer par un organisme indépendant de tierce partie.
Prenons le cas d’une PME marocaine qui souhaiterait investir dans un nouvel outil de production ou dans une équipe commerciale pour s’ouvrir à des marchés à l’export.
La certification lui apportera un avantage concurrentiel certain.
Les clients et les prospects ont tendance à privilégier les sociétés ayant fait l’objet d’un contrôle par un organisme indépendant et attestant du respect du cahier des charges ainsi que des normes. La procédure les rassure et témoigne du sérieux de l’entité. En outre, il s’agit d’un gage de qualité, de crédibilité et de preuve d’une certaine éthique, en fonction du standard ou de la norme adoptée.
La certification ne représente pas une garantie pour la réussite d’une demande de financement, mais une telle démarche contribuera à l’aboutissement favorable de la demande de financement présentée.

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Invitée de L’Info en Face

Salma Kabbaj, co-fondatrice et directrice générale d’Impact Lab «Le plus gros enjeu aujourd’hui c’est l’ouverture des marchés aux startups»

«L’écosystème d’innovation s’est énormément développé ces dix dernières années, avec de plus en plus de personnes qui choisissent la voie de l’entrepreneuriat innovant. La qualité des profils s’est nettement améliorée également. Auparavant, on interagissait principalement avec des étudiants ou de jeunes diplômés. Aujourd’hui, on se retrouve face à des entrepreneurs plus matures et du coup qui ont plus de chances de porter leurs projets jusqu’au bout. Certes, l’écosystème de l’entrepreneuriat et de l’innovation connaît une grande dynamique, mais il reste beaucoup à faire. Tout d’abord, nous n’avons pas un recensement des startups qui existent aujourd’hui, ni de définition commune de ce qu’est une startup avec un label qui permettrait de l’identifier facilement. Nous avons fait un travail de mapping et nous avons pu recenser près de 200 startups actuellement opérationnelles au Maroc. Ces chiffres sont contestables, mais cela permet de donner une idée sur la taille et la maturité de l’écosystème. Aujourd’hui, on a du mal à avoir des success-stories qui décollent de manière significative.

On a quelques belles histoires qui représentent l’écosystème marocain à l’international et qui ont pu intégrer des incubateurs de renom et lever des fonds, mais cela reste anecdotique. Nous avons besoin de créer une dynamique qui permettra d’industrialiser ce process. Pour ce faire, on a besoin de former des talents et d’y semer la graine entrepreneuriale très tôt. Il faut donc des structures d’accompagnement plus fortes avec des ressources financières et de l’expertise pour accompagner ces startups. Nous avons également besoin de financement à tous les maillons de la chaîne pour porter les projets jusqu’au bout et d’avoir un cadre réglementaire adapté et incitatif. Enfin, l’accès au marché est essentiel pour permettre la croissance de ces startups. Si nous n’avons pas cet ensemble de leviers qui fonctionnent en parallèle pour pousser les startups, ça ne décollera pas ! Je pense qu’un arbitrage est nécessaire au Maroc pour aller vers une spécialisation de l’écosystème, car nous ne pouvons pas tout faire.

Cela nécessiterait énormément de fonds pour actionner tous les leviers susmentionnés et on ne pourrait le faire sur tous les secteurs d’activités. Il faut une réflexion au niveau national pour définir les secteurs où on veut pousser l’innovation. Aujourd’hui, on est en huitième ou en neuvième position en Afrique en termes de levées de fonds des startups à l’international, alors que notre économie est dans le top 5 sur le continent. Le financement à l’international n’intervient pas au début des projets, il faut bâtir le pipeline nécessaire pour atteindre un stade de maturité suffisant pour pouvoir y arriver. D’où le besoin d’industrialiser le process pour accompagner le développement des startups innovantes. Il faut également assurer le financement pour les différentes phases de développement du projet, et ce dès la phase de l’idée. Au Maroc, on dispose du programme “Innov Invest” de “Tamwilcom”, qui est opérationnel depuis 2018 et qui touche à sa fin. Sa vocation est de financer les stades de pré-amorçage et d’amorçage, c’est-à-dire de permettre aux entrepreneurs de créer des solutions, de les tester sur le marché et de les développer. Ce financement, mis en place par des acteurs institutionnels, est indispensable à ce stade de développement.

Cette année, “Innov Invest” arrive malheureusement à sa fin et on n’a pas de visibilité sur la suite. Les fonds d’investissement (VC) locaux interviennent plus tard dans le stade de développement des startups, le temps de voir qu’elles sont effectivement opérationnelles sur le marché. Mais le problème c’est qu’il y a aujourd’hui une brique importante qui manque entre les deux phases. Concrètement, le pré-amorçage/amorçage permet à l’entrepreneur d’aller jusqu’à 700.000 DH de financement et les VC interviennent autour de 3 millions de DH. Mais durant la phase située entre les deux et qui est la plus critique puisqu’il s’agit de se préparer pour aller sur le marché, les startups ne trouvent pas d’outils de financement. En général, c’est au cours de cette période que les startups, au lieu de prendre la courbe de croissance qui va attirer les investisseurs locaux et internationaux, vont soit mourir, soit se développer de manière limitée pour ensuite s’essouffler au bout de quelques années. Beaucoup d’entrepreneurs finissent par aller à l’étranger pour développer leurs projets ailleurs. Pour moi, le plus gros enjeu aujourd’hui c’est l’ouverture des marchés aux startups, c’est le fait que les grandes entreprises commencent à réaliser l’importance d’investir dans l’innovation et à faire confiance dans les startups pour être leurs partenaires d’innovation.»

Propos recueillis par M.S.

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